Déballage ! Explorez les collections du Musée des marais salants à travers cinq objets

À travers cette sélection, le musée souhaite rendre ses collections plus accessibles et vous faire découvrir autrement le patrimoine de la presqu’île de Guérande, bien au-delà des vitrines. Une invitation à regarder les objets de plus près et à comprendre ce qu’ils nous racontent sur le sel, les paludiers et le territoire.

Pour cette première édition, nous vous proposons de découvrir cinq objets emblématiques des collections : 

La machine à laver le sel

Cette peinture de grand format représente l’intérieur de la salorge de la Croix de Paix, également connue sous le nom de magasin Bertrand, un bâtiment destiné au stockage du sel sur la presqu’île guérandaise et aujourd’hui occupée par le Musée des marais salants. L’artiste a placé au centre de sa composition un équipement semi-industriel développé au XIXe : une machine à laver le sel. S’en distinguent les éléments mécaniques : roues, courroies, poulies… Au premier plan, différents éléments mettent en avant son fonctionnement et le traitement du sel. A l’arrière-plan, les parois maçonnées de la salorge et une ouverture vers la salle des machines replacent la structure dans son environnement.

La première machine à laver le sel fut construite au Croisic en 1817 afin de blanchir le sel gris issu des marais salants. Une dizaine d’exemplaires auraient existé au cours du siècle dont cinq à Batz-sur-Mer. La machine représentée ici constituait d’ailleurs le dernier exemplaire connu de cette innovation endémique du territoire.

Les inscriptions visibles sur la toile apportent des informations sur les conditions de réalisation de l’œuvre. Gérard Boulfray (1937-2025) a en effet travaillé directement sur place, lors de trois séances en 2001, peu avant la destruction de la machine alors dans un état très dégradé. Réalisé en observation directe, cette peinture « sur le vif » possède une valeur documentaire importante. Dernier témoignage visuel de l’équipement aujourd’hui disparu, l’œuvre participe à la mémoire matérielle du patrimoine technique lié aux activités salicoles de la région.

Gérard BOULFRAY, 2001, huile sur toile.

Médaillon souvenir

Ce petit objet est un médaillon souvenir réalisé en cheveux. Son cadre ovale en bois sombre est muni d’un anneau de suspension à l’arrière. La composition, protégée par une vitre cerclée d’un contour métallique doré, présente un décor entièrement réalisé en cheveux sur fond blanc. Au centre, une croix latine entourée d’une couronne végétale fleurie est figurée, des rameaux et feuillages complètent l’ornementation. Les différents éléments ont été obtenus par des techniques de pliure, de tressage, de coiffage et de fixation des cheveux. Le revers du cadre est recouvert de cuir et porte une étiquette permettant d’attribuer l’objet à un artisan nantais.

L’artisanat en cheveux connaît un important développement à partir des années 1840. Il est alors employé dans la réalisation de bijoux, de tableaux ou d’objets de souvenir. L’étiquette conservée au revers rattache cette production à l’atelier d’Alexandre Milliat qui se présente comme « coiffeur, parfumeur, dessinateur et tresseur de cheveux ». Cet artisan du XIXe siècle développe une production variée dont les médaillons souvenirs comme celui-ci qui consistent à intégrer des cheveux humains dans des compositions décoratives. Destinés à conserver le souvenir d’un proche éloigné disparu, ces objets sont témoins de pratiques intimes et exemplaire précieux d’un artisanat aujourd’hui assez méconnu.

Visible au Château des Ducs de Bretagne du 7 au 31 octobre 2026.

Alexandre MILLIAT ou son atelier, XIXe siècle, cheveux, papier, bois, verre.

Rolling pin 

Cet objet décoratif est un rolling pin (rouleau à pâtisserie) en verre soufflé, produit en Angleterre à la fin du XIXe siècle. De forme cylindrique, il est réalisé dans un verre bleu-violet profond légèrement translucide et est muni de deux petites poignées sphériques à chaque extrémité. Creux à l’intérieur, il est accessible par une ouverture aménagée dans l’une des poignées, permettant ainsi son remplissage. Ces objets pouvaient contenir diverses denrées comme le sel, le sucre ou le riz, leur conférant un rôle à la fois utilitaire, décoratif et symbolique. Fabriqués notamment dans la région de Bristol, ils connaissent un développement important entre le milieu et la fin du XIXe siècle.

Les rolling pin sont étroitement associés à la culture maritime britannique. Souvent qualifiés de saillor’s rolling pins, ils étaient offerts par des marins à leur épouse ou leur fiancée comme témoignage d’affection. Certains d’entre eux peuvent d’ailleurs porter des devises sentimentales. Selon une tradition populaire anglaise, certain de ces rouleaux auraient été remplis d’eau de mer au cours des séjours en mer. Sous l’effet de l’évaporation, le sel restait emprisonné à l’intérieur du récipient puis l’ensemble été offert de retour au port. Suspendus dans les habitations, le plus souvent à proximité de la cheminée, ils témoignaient alors d’un attachement fort, associé au pouvoir de conservation du sel.

Fin du XIXe siècle, verre soufflé.

Carte postale représentant une scène de baignade dans la baie Saint-Michel de Batz

Cette carte postale représente une scène de baignade dans la baie Saint-Michel à Batz-sur-Mer au début des années 1920. L’essentiel de la composition est consacré à la mer mais au second plan, la jetée bordant la baie apparaît. Une vingtaine de baigneurs sont rassemblés dans l’eau, dont plusieurs autour d’une corde tendue entre la plage et un poteau. Au centre de la scène, un enfant en costume de bain rayé se détache du groupe. Ces costumes, notamment ceux couvrants à manches courtes, constituent un témoignage du vêtement balnéaire au début du XXe siècle.

A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, le littoral guérandais se transforme petit à petit face à l’arrivée des activités de villégiature et des bains de mer. Recommandée pour ses vertus hygiéniques et thérapeutiques, la baignade en eau salée devient alors une pratique de plus en plus répandue, tendant rapidement vers le tourisme. La présence de la corde de bain, un moyen permettant aux baigneurs de se déplacer plus facilement dans l’eau, illustre les aménagements mis en place pour accompagner cette fréquentation croissante. Le verso de la carte postale, envoyée en août 1922, apporte quant à lui un éclairage complémentaire sur les usages sociaux de cet outil : à la fois support de correspondance et objet souvenir.

Avant 1922, papier, encre.

Reliquaire de saint Nicolas

Le reliquaire de saint Nicolas conservé au Musée des marais salants représente l’évêque au centre de la composition. Reconnaissable par ses attributs (mitre, crosse, tunique, croix), il pose la main sur la tête d’un premier enfant nu dont le bas du corps est caché par un pagne doré. L’enfant, les mains en prière, sort d’une large céramique ronde, un saloir, dans lequel un autre enfant se tient debout. La scène représente la légende emblématique du saint : la résurrection de trois enfants, tués par un boucher et enfermés dans un saloir.

Autour de la scène centrale complétée par deux arbres sur un fond blanc entouré d’un médaillon, plusieurs reliques sont disposées. Deux, situées sur les côtés, portent des étiquettes aujourd’hui illisibles (S. Caeciliae ?) et contiendraient des cheveux. Au centre, deux reliques fixées sur des fleurs bleues sont attribuées à saint Philippe (S. Philippi Ap.) et saint Jacques le Mineur (S. Jac. Min. Ap.). En-dessous, une relique textile semble être attribuée à saint Benoît de Nursie (Benedicti ?).

Tout autour, une profusion d’arabesques, volutes et enroulements en paperolles aux motifs végétaux est enrichie de perles et de verre taillé. Cette technique d’ornement en papier, obtenue par roulement et pliage, ajoute un caractère raffiné et minutieux à la pièce. L’ensemble se trouve dans un cadre doré orné d’une passementerie elle aussi dorée, protégée par une plaque de verre. Probablement réalisé à Nevers au XVIIIe siècle, cet objet de culte était certainement utilisé dans le cadre de la dévotion domestique.

XVIIIe siècle, verre, bois, papier, parchemin.

Derrière chaque objet conservé par le musée se cache une histoire, un savoir-faire ou un témoignage de la vie dans les marais salants. À travers cette série « Déballage ! », nous vous invitons à porter un nouveau regard sur les collections du musée et à découvrir, au fil des éditions, les trésors parfois méconnus qui racontent l’histoire du sel ou de la presqu’île de Guérande.